Publié le 2 octobre 2026 – Mis à jour le 30 septembre 2026

L’un est avant tout chercheur théoricien, expert en alimentation préventive et durable. L’autre, socio-géographe[1] sur le terrain et spécialiste sur les recherches participatives. Entre 2022 et 2026, Anthony Fardet et Claire Planchat-Hery de l’Unité de Nutrition Humaine (INRAE/UCA), ont déployé l’antenne française -en Auvergne- du projet de recherche européen « PLAN’EAT ». À travers un réseau de 9 living labs (laboratoires vivants) et d’un laboratoire politique répartis sur 11 pays d’Europe, PLAN’EAT étudie les comportements alimentaires des citoyen·ne·s de tous âges et les moyens d’accompagner les transitions plus durables et saines des systèmes alimentaires européens. L’objectif : faire évoluer nos comportements alimentaires afin de réduire les coûts cachés de notre alimentation. Pour Puy de Sciences, les scientifiques dressent le bilan de quatre années d’expérimentations.

Que sont les living lab de PLAN’EAT ?

Ces laboratoires explorent les pratiques alimentaires de publics spécifiques, notamment ceux qui n’ont pas la liberté de faire les meilleurs choix alimentaires : étudiant·e·s, personnes âgées, familles précaires, jeunes. Dans ces laboratoires vivants, les usagères et usagers deviennent de véritables co-acteur·rice·s de la recherche. Tout leur environnement est analysé à leurs côtés afin d'identifier les facteurs qui façonnent leurs habitudes alimentaires. Cette collecte de données s'effectue en étroite collaboration avec l'ensemble des parties prenantes du système alimentaire de leur territoire de vie. Et parce que la recherche se fait au plus proche du réel et que les conclusions sont concrètes, il est plus facile pour les acteur·rice·s impliqué·e·s de réengager leurs connaissances dans le quotidien. [Source]

Pour déployer PLAN’EAT en France, ce sont les habitudes alimentaires des 6-15 ans sur le territoire auvergnat qui ont été étudiées. Pourquoi ces choix ?

Anthony Fardet : Parce que l’alimentation préventive et durable est au cœur de mes recherches et que ce projet me permettait de porter sur le terrain nos travaux de recherche antérieurs plus théoriques. Pour développer un laboratoire vivant, il fallait être sur le terrain, proche de mon lieu de travail en Auvergne. En ce qui concerne la tranche d’âge 6-15 ans, elle est très intéressante car charnière : c’est durant cette période (même avant) que se forment les goûts et les habitudes alimentaires. Au final le living lab « PLAN’EAT Kids » a été créé.

Claire Hery-Planchat : De plus, c’était l’occasion de s’appuyer sur des réseaux d’acteur·rice·s déjà existants en Auvergne qui participent au projet alimentaire territorial (PAT) du Pays du Grand Clermont – Parc naturel régional Livradois-Forez dont l’objectif est de développer des stratégies de transition alimentaire saine et durable sur le territoire tout en développant un réseaux de partenaires prêt·e·s à modifier leurs pratiques pour accompagner l’alimentation des plus jeunes. Le terrain d’étude de PLAN’EAT correspond ainsi à celle du PAT, comprenant des zones urbaines, périurbaines et rurales.

Le déploiement de PLAN’EAT en France a débuté en 2022 et vient de prendre fin. Comment le projet s’est-il articulé et quels rôles avez-vous respectivement joué ?

A.F : Nous avons tout d’abord travaillé sur une partie de recherche plus théorique, à savoir identifier cinq « comportements à fort impact de changement » (pour la santé, l’environnement et la socio-économie) en relation avec les 6-15 ans[2]. Le premier : réduire les aliments ultra-transformés[3] avec un focus sur ceux qui sont trop gras, sucrés ou salés. Le deuxième, c’est de réduire les produits animaux avec un focus sur la viande rouge. Le troisième, augmenter la variété des produits végétaux avec un focus sur les légumineuses. Le quatrième, favoriser les céréales complètes par rapport aux raffinées et le dernier, privilégier l’eau aux boissons sucrées. Ces comportements suivent la règle des 3V que nous avons développé à l’UNH : manger vrai, végétal et varié. Parmi toutes les actions de recherche participative menées au sein de PLAN’EAT Kids, un moment clé a été identifié : celui du goûter. Il s’agit d’un moment associé au plaisir, lors duquel sont consommés principalement des aliments ultra-transformés.

C.H-P : De mon côté, j’ai été à 100%, voire 400%, sur le volet participatif de PLAN’EAT ! L’objectif : co-construire et mettre en œuvre les protocoles de recherche-action via le living lab PLAN’EAT Kids pour accompagner les acteur·rice·s et écolier·ère·s à intégrer dans leurs pratiques et habitudes alimentaires ces cinq comportements à fort impact de changement. Par exemple, avec la participation de stagiaires, nous avons mobilisé tout un écosystème d’acteur·rice·s autour de la cantine : agriculteur·rice·s, abattoirs, marchés publics, élu·e·s, parents, agent·e·s de cantine pour penser et mettre en place des menus communs entre cantines, bons, sains et durables. Et nous avons aussi mobilisé les enfants directement, à travers diverses activités pour co-construire avec elles et eux ce qui peut devenir de bonnes pratiques alimentaires comme des enquêtes participatives, des fresques éducatives, des observations dans les cantines, des escape games pédagogique et scientifiques dans des supermarchés, ainsi que divers ateliers scolaires. Cela a permis à la fois de sensibiliser les petits comme les grands, mais aussi de collecter des données originales sur les habitudes alimentaires des enfants comme celles issues des dessins de leur goûter ou de réponses à des questionnaires via des tablettes numériques distribuées dans les cantines.
 


INRAE – recueil de 376 de dessins de goûters d’enfant de 6 à 15 ans, Living lab Plan’eat kids 2024


Enquête participative des enfants de 6 à 11 ans sur un menu bourguignon à base de race locale, Pont-Du-Château, Plan’eat kids INRAE Living lab, ©P.A. Heydel 2024

Après quatre années d’expérimentations, quel bilan tirez-vous et quelle est la suite pour PLAN’EAT en France ?

C.H-P : Si certaines actions ont des résultats mitigés comme l’escape game, dont les questionnaires d’évaluation deux mois après ont montré un impact à courts termes seulement sur la moitié des enfants, nous nous réjouissons d’avoir mobilisé autour d’actions innovantes entre jeunes et adultes qui auront certainement un impact sur le long terme. Parmi les victoires : la création d’un réseau d’acteur·rice·s « PLAN’EAT Kids » présent·e·s autour de l’assiette saine et durable des enfants regroupant 113 organisations-dont certains industriels et supermarchés, 140 acteur·rice·s et 353 écolier·ère·s. Surtout, nous sommes fièr·e·s d’observer que certain·e·s, continuent de collaborer même sans nous : de nombreuses graines auront été plantées !

A.F :  Une partie des résultats est déjà accessible à tous·te·s sur le site de PLAN’EAT. Des articles scientifiques ont également été publiés. Nous avons encore plusieurs mois de rédaction et de communication des résultats devant nous, dont certains seront accessibles aux acteur·rice·s de terrain et du grand public avec des recommandations concrètes.

C.H-P : Notre souhait pour le futur ? Trouver des financements pour continuer à faire vivre PLAN’EAT Kids et continuer de tester, innover et trouver des solutions ensemble !


 

[1] Spécialiste de la géographie sociale qui une discipline qui correspond à l’étude géographique des sociétés sous un angle sociologique.
[2]
Étude liée aux résultats : Fardet A, Planchat-Héry C, Rock E, Bochan L. Identifying healthy and sustainable high-impact eating behaviour in French children aged 6–15 years: a combined multidisciplinary and living lab participatory approach. Fardet A, Planchat-Héry C, Rock E, Bochan L. Identifying healthy and sustainable high-impact eating behaviour in French children aged 6–15 years: a combined multidisciplinary and living lab participatory approach. Journal of Nutritional Science. 2026;15:e38. doi:10.1017/jns.2026.10105
[3] Les aliments ultratransformés sont caractérisés dans leur formulation par « l’ajout d’ingrédients et/ou additifs cosmétiques à usage principalement industriel – et ayant subi un procédé de transformation excessif – pour imiter, exacerber ou restaurer des propriétés sensorielles (arômes, texture, goût et couleur). Il peut aussi s’agir d’un procédé industriel très drastique et pénalisant appliqué directement à l’aliment comme la cuisson-extrusion ou le soufflage ». (lire l'article : Aliments ultratransformés, de quoi parle-t-on ?)

 
Partenaires :

Pour en savoir plus :

Site PLAN’EAT Europe : https://planeat-project.eu/fr/

Site PLAN’EAT Auvergne : https://planeatcenter.com/discover/local_communities/685a71f8597565645f7f0fd5