Publié le 23 juin 2026 Mis à jour le 23 juin 2026

Directrice du Centre Imagerie Cellulaire Santé (CICS ), Christelle Blavignac est une femme de liens. Sa mission : mutualiser équipements d’imagerie de pointe et savoir-faire, au service d’une exploration joyeuse de l’infiniment petit.

Christelle Blavignac

Le vivant au cœur


Directrice du Centre Imagerie Cellulaire Santé (CICS[1]), Christelle Blavignac est une femme de liens. Sa mission : mutualiser équipements d’imagerie de pointe et savoir-faire, au service d’une exploration joyeuse de l’infiniment petit.

Impossible de dépeindre Christelle Blavignac sans évoquer le CICS. Cette plateforme d’imagerie, située sur le site des UFR de Médecine et Pharmacie, c’est un peu « son bébé », comme elle dit. Un bébé qu’elle a choyé, entouré, nourri de mille relations qui l’ont fait grandir. Un endroit un peu fabuleux aussi, truffé de microscopes ultrapuissants et d’instruments de haute technologie, où l’on découvre le vivant (et le non-vivant aussi) comme on ne l’avait jamais vu avant. Passé la porte, on pénètre dans un monde inconnu, celui de l’infiniment petit. Christelle Blavignac, elle, y est entrée il y a plus de vingt ans. Et elle n’en est plus jamais sortie.

Autonomie

2004. Cette année-là, le cytogénéticien[2] Philippe Vago[3] a l’idée de mutualiser des équipements d’imagerie coûteux, afin que tous les laboratoires du territoire puissent y avoir accès. Il lève des fonds et achète les premiers microscopes électroniques de la plateforme. Pour la piloter, il lui faut un.e ingénieur.e. Christelle Blavignac postule. Elle a 25 ans et un DESS « biologie cellulaire-imagerie » tout juste obtenu à l’Université de Poitiers. « Il m’a tout de suite fait confiance, il m’a laissé ma chance », confie-t-elle reconnaissante. D’emblée placée à la tête de la structure, la jeune femme doit apprendre sur le tas. « Ça ne m'a pas fait peur. Je suis bélier, fonceuse, c'est peut-être pour ça ! », dit-elle dans un éclat de rire.

Quelques mois plus tard, Claire Szczepaniak[4] la rejoint. « On a débuté à deux, puis le centre s'est développé, avec des montages de projets pour proposer des prestations innovantes. De nouvelles personnes sont arrivées, se sont spécialisées sur chaque technique... » Aujourd’hui, le CICS, c’est 330m2, trois plateaux techniques – microscopie photonique, microscopie électronique, cytométrie en flux – et un parc de plus de 3 millions d’euros d’équipements. Ouverte à la communauté scientifique universitaire comme aux industriels, la plateforme mène une centaine de projets par an. « Quand Philippe Vago l'a créée, il l’a voulu complètement autonome. Nous ne sommes rattachés à aucun laboratoire de recherche, soutenu par nos tutelles, le but est d’atteindre d’autofinancement. » Une anticipation en permanence des besoins du site en imagerie est primordiale. « On met du temps pour construire les projets scientifiques, pour lever des fonds… ça oblige à se projeter sur du long terme. Il faut avoir des antennes, connaître en permanence les thématiques des équipes de recherche locales. »

L’image au féminin

Cinq personnes composent l’équipe, toutes des femmes. « On nous appelle « les filles du CICS ! » », s’amuse Christelle Blavignac. Dans la salle café, des photos au mur attirent le regard, des cartes de vœux pleines de sourires : ici les filles sont au Japon, là elles posent devant un microscope, affublées d’un bonnet de Père-Noël... « Chaque année, nos utilisateurs attendent notre petite carte de vœux ! Alors on essaie de trouver des idées originales. »

Au CICS, l’ambiance est joyeuse, l’accueil chaleureux. La personnalité généreuse de la scientifique n’y est pas pour rien. « Christelle est très attentive aux gens qui travaillent avec elle », souligne la microscopiste Brigitte Gaillard-Martinie[5], membre du comité de pilotage du CICS. « Elle pense aux autres avant de penser à elle-même, un peu trop d'ailleurs ! Elle répond toujours présente », appuie son amie Chantal Cazevieille, responsable de la plateforme de microscopie électronique à Montpellier. « En 2024, on a organisé les vingt ans de la plateforme, illustre l’intéressée. On a réuni tous nos utilisateurs et collègues, on les a interviewés sous forme de petites vidéos rigolotes, avec des anecdotes sur la plateforme. Ce moment convivial nous tenait à cœur, pour les remercier de leur confiance pendant toutes ces années ! »

De A à Z

De fait, le vivant, les vivants, sont au cœur du projet. « Rencontrer constamment de nouvelles personnes, ça me plaît énormément », confie l’ingénieure. Comme cette fois en 2017, où elle fait la connaissance de la biologiste Valérie Légué et de son équipe du laboratoire PIAF[6], dont les plantes avaient été envoyées à 300 km de la Terre, dans la station spatiale internationale, pour étudier l’influence de la microgravité sur la croissance des racines. De retour sur le plancher des vaches, ces plantes voyageuses ont atterri au CICS pour étudier leur ultrastructure en microscopie électronique.

Sans la plateforme, les scientifiques ne pourraient pas avoir accès à de tels équipements, extrêmement coûteux – à lui seul un microscope électronique avoisine les 1 million d’euros. Ni à un tel savoir-faire. « Le point de départ, c’est de vraiment bien comprendre la problématique des chercheurs, le contexte scientifique, leurs besoins, qu’ils nous expliquent tout de A à Z. » Les demandes sont très diverses, des Sciences du Vivant – Santé, Environnement… – aux Sciences Fondamentales – Chimie, Physique. « C’est vraiment ce qui me plaît dans ce métier. Grâce à ces équipements d'imagerie, il est possible d’analyser tout type d'échantillon, ce n'est jamais routinier. »

Réseaux

Au sein du CICS, il lui est arrivé de mettre en contact des équipes qui ne se connaissaient pas, et d’ainsi faire naître de nouvelles collaborations. De soutenir des étudiants en thèse aussi, au cours de ces longues heures passées dans la pénombre qu’exige la microscopie électronique en transmission : « On ne reste pas trois heures à imager, on discute, forcément. On joue alors un petit peu le rôle de soutien quand les thèses sont difficiles. On rebooste le moral quand les manips ne marchent pas. On parle des difficultés de la vie en général. Cela crée des liens privilégiés. »

À n’en pas douter, Christelle Blavignac est une femme de liens. « Le collectif me parle, mutualiser, fédérer. » Un collectif nourri de réseaux professionnels actifs, à commencer par le RIME[7] (Réseau d’Imagerie en Microscopie Électronique), qui a joué un rôle décisif dans le développement de la plateforme. « J'y ai rencontré des personnes qui avaient à cœur de partager, qui nous ont pris sous leur aile. Quand on rencontre un souci sur la préparation d'un échantillon, une panne d’équipements… on peut poser des questions aux membres et ils répondent toujours présents. Dès le départ, j’ai intégré des groupes de travail et depuis cinq ans j'en anime un, sur la cryomicroscopie[8]. Cette année, j’ai été élue co-coordinatrice de ce réseau. Je suis heureuse de m’investir, car j'ai envie de rendre à ce réseau tout ce qu'il a pu m'apporter. » Et il n’y a pas que le RIME, il y a aussi l’AFC[9], le Groupement des Microscopistes Clermontois (GMC) en local… « Ça fait une belle dynamique ! »

Savoir-faire

D’ici peu, la scientifique – qui donne déjà des cours[10] – devrait aussi s’investir dans un DIU[11] de microscopie électronique : mis en place en 2015 pour former les professionnels à la lecture des images, il avait été arrêté en 2020. « J’ai été contactée cette année pour le relancer en partenariat avec l’université de Strasbourg. » « Christelle est hyper volontaire, elle est une source inépuisable de travail, admire Brigitte Gaillard-Martinie. En fait, je ne sais pas comment elle fait pour tout gérer, la famille, les déplacements, la plateforme, le personnel du CICS, les utilisateurs… savoir dire non aussi parfois, parce qu’elle est très empathique. Elle gère ça d'une main de maître. »

Il faut dire que son travail lui plait énormément. On le perçoit immédiatement, tandis qu’elle nous fait visiter le centre avec un enthousiasme non feint. D’une salle à l’autre, c’est comme si on changeait d’univers. « Là, on rentre dans l'antre de la microscopie électronique. » L’ingénieure est intarissable quand il s’agit de parler de « ses » instruments : « Ça, c’est un cryofixateur haute pression. Il congèle l'échantillon avec de l’azote liquide, en 350 millisecondes à 2000 bars ! » À déambuler ainsi entre les équipements, bercé par les explications de notre guide, on perçoit le savoir-faire de haute précision et l’incroyable technicité qu’exigent de tels appareils.

De la beauté

Il en faut, de l’expertise et des compétences, celles de toute une équipe, pour produire de telles images, d’une beauté à couper le souffle. Ici des cristaux hexagonaux en microscopie électronique à balayage (MEB) – « une poudre fournie par le Laboratoire de Physique de Clermont Auvergne[12], qui voulait caractériser sa morphologie », détaille Christelle Blavignac. Là une bactérie Escherichia Coli grossie 40 000 fois, issue du laboratoire M2iSH[13], qui étudie les bactéries pathogènes impliquées dans la maladie de Crohn ; là encore des diatomées aux formes fabuleuses, qu’étudie l’équipe GEOLAB[14] : véritables sentinelles de l’environnement, issues de différentes sources et lacs d’Auvergne ; leur ornementation n’est visible qu’en MEB, or c’est cette ornementation, propre à chaque espèce, qui permet de les répertorier.

À mi-chemin entre la science et l’art, ces images réalisées au CICS ont été exposées au Musée Lecoq en 2015[15] : « Cette exposition a été un succès. Quand on fait une image, on cherche aussi l’esthétique. C'est une autre façon de diffuser notre expertise, notre savoir, pour tout public. »

Polyvalence

Comment ne pas ressentir fascination, humilité aussi, face à tant de beauté ? La fascination de Christelle Blavignac, elle, est intacte, pour le vivant, le monde de l’infiniment petit, mais aussi pour la technique. Une fascination ancienne, qui remonte à…. à quand au juste ? « Manipuler, faire des dosages… J’ai toujours aimé ça », confie-t-elle. Bidouiller, bricoler aussi. « Quand on utilise les microscopes, on fait appel à des notions de mécanique, parfois il faut prendre le tournevis pour certaines réparations ! il faut être dégourdi. »

À l’instar de sa mentor Brigitte Gaillard Martinie – son « modèle féminin » – qui œuvre pour la sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain[16], l’objet en lui-même, le microscope, son histoire, la passionnent. Et de commenter un poster affiché dans un couloir du CICS, qui répertorie l’évolution de ces appareils. « Quand j’ai commencé, on avait un microscope électronique de 1974, on faisait un véritable travail de photographe pour révéler les plans-films, découvrir ce qu’on avait pris en photo. Révéler 100 négatifs, ça prenait beaucoup de temps ! Maintenant, les caméras capturent les images, on peut faire une centaine de photos en une séance. C’est vraiment chouette, parce que j'ai pu voir tout le progrès technologique en imagerie de ces vingt dernières années, avec la révolution numérique et maintenant l’IA. »

D’ailleurs la microscopiste se réjouit : un microscope électronique en transmission dernier cri va bientôt être installé au CICS ; tout y est automatisé. « On est en train de réaliser les démonstrations. » Ce qui signifie se rendre chez les fournisseurs, au Japon, aux Pays-Bas… Décidément, l’infiniment petit est une joyeuse exploration, à toutes les échelles.

 

[1] Centre Imagerie Cellulaire Santé, sur le site des UFR de Médecine et Pharmacie, rattaché au service UCA PARTNER.

[2] La cytogénétique est l’étude des phénomènes génétiques au niveau des chromosomes.

[3] UFR de Médecine et CHU de Clermont-Ferrand.

[4] Directrice adjointe du CICS, référente microscopie électronique en transmission.

[5] Ancienne responsable du Plateau Technique de Microscopie (PTM) du Centre INRAE de Theix.

[6] Physique et physiologie intégrative des arbres forestiers (UCA/INRA).

[7] Le réseau compte plus de 450 adhérents répartis sur plusieurs sites en France. https://rime.cnrs.fr/reseau/

[8] Cette technique permet de figer la structure des molécules sans la modifier.

[9] Association Française de Cytométrie

[10] Pour l’école doctorale « SVSAE » et le BUT Mesures physiques

[11] Diplôme Inter-Universitaire.

[12] LPCA (Laboratoire de Physique Clermont-Auvergne) UMR 6533 CNRS/UCA

[13] M2iSH (Microbes, Intestin, Inflammation et Susceptibilité de l'Hôte), UMR 1071 Inserm/Université Clermont Auvergne/USC 1382 INRAe

[14] Laboratoire de Géographie Physique et Environnementale, https://geolab.uca.fr/

[15] Exposition sur la Microscopie au Musée Lecoq de sept 2014 à sept 2015.

[16] À travers la mission Patstec : www.patstec.fr