Pour les 9 000 patientes diagnostiquées chaque année en France avec un cancer du sein triple négatif, le combat ressemble souvent à une bataille contre le côté obscur : une tumeur particulièrement agressive et des douleurs provoquées par les chimiothérapies utilisées pour la combattre. Mais une nouvelle molécule pourrait bien constituer un nouvel espoir, capable à la fois de freiner la progression du cancer et de limiter les douleurs liées aux traitements.
Pour les 9 000 patientes diagnostiquées chaque année en France avec un cancer du sein triple négatif, le combat ressemble souvent à une bataille contre le côté obscur : une tumeur particulièrement agressive et des douleurs provoquées par les chimiothérapies utilisées pour la combattre. Mais une nouvelle molécule pourrait bien constituer un nouvel espoir, capable à la fois de freiner la progression du cancer et de limiter les douleurs liées aux traitements.
Tout commence par un diagnostic qui bouleverse une vie. Pour les femmes atteintes d'un cancer du sein, le parcours de soin s'apparente rapidement à une bataille. Après l'annonce de la maladie vient l'espoir des traitements, mais aussi la perspective d'une chimiothérapie lourde et de ses effets indésirables.
Parmi toutes ces annonces, une est particulièrement redoutée, celle du cancer du sein triple négatif qui représente 15 à 20 % des cancers du sein. Il concerne environ 9 000 femmes chaque année en France. Il est dit « triple négatif » car il se distingue par l'absence de trois récepteurs habituellement ciblés par les traitements, ce qui limite les options thérapeutiques disponibles. Cette particularité contribue à son agressivité : le taux de survie à cinq ans est d'environ 65 %, mais chute à seulement 11 % en cas de récidive.
Le cancer du sein triple négatif : la menace fantôme
La chimiothérapie, traitement médicamenteux du cancer, constitue aujourd'hui l'une des principales armes pour combattre ce cancer. Pourtant, son efficacité reste faible et ses effets indésirables sont parfois lourds. En effet, la chimiothérapie peut s’attaquer aux nerfs et les léser, ce qui engendre des douleurs chroniques dites neuropathiques[1]. Selon les études, elles touchent entre 60 et 97 % des patientes traitées.
Pour certaines femmes, ces douleurs deviennent un nouveau combat. Elles peuvent être si intenses qu'elles conduisent à diminuer les doses de chimiothérapie, voire à interrompre le traitement, compromettant ainsi les chances de guérison. Plus inquiétant encore, ces douleurs persistent parfois bien après la rémission. Les traitements antidouleur actuels ne procurent souvent qu'un soulagement partiel et ne s'attaquent pas à la cause du problème : les lésions nerveuses elles-mêmes.
Le récepteur GPER contre-attaque
Face à ce constat, des chimistes de l’Université Paris Cité et des biologistes de l’Université Clermont Auvergne[2] se sont intéressés à une cible biologique encore peu explorée : le récepteur aux estrogènes[3] couplé aux protéines G, plus connu sous le nom de GPER.
Des études cliniques avaient déjà montré qu’une forte présence de ce récepteur était associée à des formes plus agressives de cancer du sein triple négatif. Les chercheurs ont alors développé une stratégie originale pour contrer ce récepteur grâce à une petite molécule, un peptide appelé PLMI.
Dans les modèles expérimentaux, cette molécule semble capable de freiner le développement tumoral.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les mêmes équipes avaient également observé que le PLMI présentait des propriétés antalgiques dans d’autres modèles de douleur. Une question s’est alors imposée : pourrait-il également réduire voire prévenir les douleurs provoquées par la chimiothérapie ?
PLMI : le réveil de la Force ?
Dans une étude récemment publiée dans le British Journal of Pharmacology[4], ces scientifiques apportent des éléments de réponse encourageants.
Ils montrent d’abord que le récepteur GPER est présent à plusieurs niveaux du système nerveux impliqués dans la transmission de la douleur. En modulant ce récepteur grâce au PLMI, les équipes ont observé une diminution significative des douleurs neuropathiques chez l’animal.
Plus remarquable encore, une administration prolongée de la molécule semble protéger le système nerveux contre les dommages causés par la chimiothérapie.
Cette double action pourrait constituer un atout majeur. Administré en complément de la chimiothérapie, le PLMI pourrait potentiellement renforcer l’efficacité antitumorale du traitement tout en limitant l’apparition des neuropathies douloureuses qui en découlent. Autrement dit, il ne s’agirait pas seulement de soulager la douleur une fois installée, mais peut-être aussi de prévenir son apparition.
Les derniers Jedi… ou le début d’une nouvelle aventure ?
Ces résultats restent toutefois préliminaires. Les expériences ont été réalisées chez l’animal et de nombreuses étapes demeurent nécessaires avant d’envisager une application clinique chez l’être humain. Cette découverte constitue une avancée importante dans la compréhension des neuropathies induites par les traitements anticancéreux. Elle identifie le récepteur GPER comme une cible thérapeutique prometteuse et montre qu’un petit peptide peut simultanément agir sur deux enjeux majeurs du cancer : la progression tumorale et les douleurs liées aux traitements.
Si ces résultats se confirment chez l’être humain, le PLMI pourrait un jour offrir aux patientes une nouvelle arme pour affronter le cancer du sein triple négatif sans subir pleinement le « côté obscur » de la chimiothérapie.
Comme dirait le célèbre maître Jedi : « Quand la route n’est pas sûre, attendre il faut. » Mais dans ce domaine de recherche, l’espoir semble déjà s’être réveillé.
[1] Douleurs résultant d’une lésion ou maladie touchant une partie du système nerveux
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