Publié le 23 octobre 2025 Mis à jour le 16 décembre 2025

Remarquables d’un point de vue écologique mais à l’équilibre fragile, les environnements lacustres volcaniques se transforment au grès des changements globaux. Un « Observatoire des lacs volcaniques », créé par le Parc Naturel Régional des volcans d’Auvergne (PNRVA) en partenariat avec l’Université Clermont-Auvergne et inauguré en juin dernier, va suivre l’évolution écologique à long terme de quatorze lacs.

Remarquables d’un point de vue écologique mais à l’équilibre fragile, les environnements lacustres volcaniques se transforment au grès des changements globaux. Un « Observatoire des lacs volcaniques », créé par le Parc Naturel Régional des volcans d’Auvergne (PNRVA) en partenariat avec l’Université Clermont-Auvergne et inauguré en juin dernier, va suivre l’évolution écologique à long terme de quatorze lacs. Delphine Latour, enseignante-chercheuse au laboratoire « Microorganismes : Génome et Environnement » (LMGE) de l’Université Clermont-Auvergne (UCA) et directrice de la Fédération de Recherche Eau, environnement et territoires partage avec nous son enthousiasme pour ce nouveau projet de sciences environnementales.

La création de l’Observatoire fait suite au constat d’un niveau de connaissance sur les divers lacs volcaniques très hétérogène…

En effet, travaillant conjointement sur différents lacs tels que le lac d’Aydat ou le Pavin, Nadège Guimard du Parc naturel et moi-même nous sommes aperçues que ces derniers étaient bien suivis alors que d’autres étaient totalement délaissés ! Par exemple, le lac Pavin est bien étudié parce qu’il est très particulier d’un point de vue écologique : c’est le lac le plus creux que l’on ait en France, avec une zone, au fond, totalement dépourvue d’oxygène. Le lac d’Aydat est lui aussi bien suivi notamment en raison de son lien étroit avec les activités touristiques. Mais pour d’autres, comme celui de la Godivelle d’en haut, nous n’avons que très peu d’informations. Pourtant, dans le contexte des changements globaux, il est intéressant de suivre l’évolution de l’ensemble de nos lacs car ils ont tous des particularités écologiques. À partir de ce constat, et grâce au travail de Romain Souzy en 2022 alors stagiaire co-encadré par le PNRVA et le LMGE, nous avons étudié la faisabilité d’un « Observatoire des lacs volcaniques » en s’inspirant de ce qui a été fait sur le « réseau des lacs sentinelles » dans les Alpes. Acteur·rice·s du Parc Naturel et de la filière de pêche, agences de l’eau et scientifiques se sont regroupé·e·s au sein d’un comité scientifique pour définir les lacs à intégrer dans l’observatoire, les objectifs du suivi et les paramètres écologiques à mesurer. Au total, quatorze* lacs ont été retenus pour des suivis réguliers, idéalement tous les ans. Et sur trois d’entre eux -Aydat, Pavin, Godivelle d’en Haut- définis comme des lacs « ateliers », ce sera encore plus régulier : tous les mois.
 

*14 lacs retenus : Aydat, Bourdouze, la Cassière, Chambon, Chauvet, Guéry, Montcineyre, lac d’en haut et lac d’en bas (Godivelle), la Landie, Pavin, Servières, Tazenat et le lac souterrain du Creux de Soucy.

Comment l’Observatoire va-t-il homogénéiser et rendre accessible les connaissances autour de ces quatorze lacs ?

Notre objectif est de créer une banque de données standardisée et accessible tant pour les acteur·rice·s de la recherche scientifique que pour les gestionnaires de terrain comme le Parc Naturel des Volcans d’Auvergne ou les communes, qui pourront les utiliser comme bases de connaissances pour proposer des actions de préservation. Nous avons donc choisi des paramètres à suivre tels que la température de l’eau, la concentration en oxygène, la diversité et l’abondance du phytoplancton, zooplancton, la transparence de l’eau… Ce sont des indicateurs de base que l’on peut facilement utiliser pour comparer les lacs que cela soit à l’échelle des lacs auvergnats, à l’échelle nationale ou même internationale.

Capteur de niveau d'eau sur le lac Pavin
Capteur de niveau d'eau sur le lac Pavin


Même si des mesures sont déjà réalisées dans le cadre des suivis DCE (Directive Cadre sur l’EAU) faits par les agences de l’eau, leur rythmicité, tous les 4 ans, demande à être renforcée pour une compréhension plus fine de leur réponse face aux changements globaux.  En compléments des mesures réalisées, des capteurs de température vont être installés sur l’ensemble des lacs. En parallèle de la mise en place d’un suivi long terme standardisé qui commence maintenant et qui va perdurer, l’idée est d’également intégrer dans la base de données de l’Observatoire des données anciennes comme celles des archives naturalistes autour du lac d’Aydat qui peuvent remonter jusqu’au dix-neuvième siècle… Et ce qui est crucial dans le projet de l’Observatoire, c’est de rendre accessible toutes ces données. D’être un projet de science ouverte[1]. Pour cela, nous prévoyons de partager régulièrement les données sur le Cloud Environnemental au Bénéfice de l’Auvergne « CEBA » porté par l’UCA où certaines sont déjà accessibles.

En dehors de l’installation de ces suivis écologiques, quels sont les ambitions futures autour de l’Observatoire ?

Un des objectifs est de mettre en place un suivi en sciences humaines et sociales car l’on constate bien que la dimension humaine ne peut pas être décorrélée des enjeux autour de ces lacs volcaniques. Il y a notamment des travaux autour de l’histoire des usages de ces environnements lacustres qui pourraient être intégrés. Nous avons aussi la volonté d’inclure le grand public avec des actions de sciences participatives[2]. Par exemple, nous avons dans l’idée de faire participer les citoyen·ne·s à l’étude de la prise de glace -fixation du gel- des lacs avec un dispositif qui les invite à prendre en photographie la glace présente sur les étendues d’eau. Les photographies serviront d’indicateurs indirects du réchauffement climatique avec par exemple des périodes d’englacement moins longues. Mais cela ne pourra être possible que si l’on réussit à pérenniser les financements pour l’Observatoire qui, pour l’instant, ne courent que sur trois ans… Si c’est le cas, et on l’espère ! On peut envisager que l’observatoire des lacs volcaniques intègre un ensemble plus large, un « Observatoire de l’eau en territoire volcanique » comprenant des données des précipitations (l’Observatoire de Physique du Globe de Clermont-Ferrand et le Laboratoire de Météorologie Physique) aux eaux souterraines (Laboratoire Magma et Volcans). Ce serait totalement inédit sur un même périmètre géographique !
 

[1] La science ouverte ou Open Science est un mouvement qui vise à partager les connaissances et productions scientifiques, non seulement avec l’ensemble de la communauté scientifique, mais aussi avec tous les acteur·rice·s de la société.

[2] Les sciences participatives, parfois appelées sciences citoyennes ou sciences collaboratives, sont « des formes de production de connaissances scientifiques auxquelles des acteur·rice·s non-scientifiques-professionnel·le·s — qu’il s’agisse d’individus ou de groupes — participent de façon active et délibérée ».

Photo de la bannière : Lac de Guéry par Patrick Busson sur Unsplash