Publié le 20 novembre 2025 Mis à jour le 22 décembre 2025

Le 25 novembre 1943, des centaines de personnes ont été raflées sur le campus de l’université de Clermont-Ferrand qui depuis 1939, accueillait des étudiant·e·s et du personnel de l’université de Strasbourg. À l’occasion de la commémoration du 82ième anniversaire de la Rafle, se tiendra un colloque interdisciplinaire sur « l’hospitalité et l’université : histoire et pratiques de l'accueil des étrangers » les 25, 26 et 27 novembre.

Le 25 novembre 1943, des centaines de personnes ont été raflées sur le campus de l’université de Clermont-Ferrand qui depuis 1939, accueillait des étudiant·e·s et du personnel de l’université de Strasbourg. À l’occasion de la commémoration du 82ième anniversaire de la Rafle, se tiendra un colloque interdisciplinaire sur « l’hospitalité et l’université : histoire et pratiques de l'accueil des étrangers » les 25, 26 et 27 novembre.
Céline Perol, historienne médiéviste et directrice du Centre de Français Langue Étrangère et Universitaire en Région Auvergne (FLEURA) de l’Université Clermont-Auvergne nous parle d’accueil de l’autre et de cet évènement qui rassemblera chercheur·euse·s et acteur·rice·s de terrain.

Comment est née l’idée d’un colloque sur l’hospitalité à l’université ? A-t-il été imaginé tout spécialement pour cette commémoration de la Rafle du 25 novembre 1943 ?

Il est vrai que le thème du colloque fait totalement écho à l’accueil de l’université strasbourgeoise à l’université de Clermont-Ferrand. Pour autant, il n’a pas été pensé initialement en lien avec cette commémoration. L’hospitalité fait partie des sujets qui m’intéressent particulièrement et j’ai axé une partie de mes recherches sur l’accueil des étrange·ère·s pendant le Moyen-Âge.
Lorsque je suis arrivée à la direction du Centre FLEURA en 2024, je me suis dit que j’étais dans un lieu d’hospitalité puisque nous accueillons des étudiant·e·s étranger·ère·s de l’Université Clermont-Auvergne qui viennent perfectionner leur français mais aussi des étudiant·e·s en exil. Et là, ça a fait « tilt », j’ai eu envie de créer un espace d’échange combinant des aspects théoriques, conceptuels, historiques mais aussi pratiques sur l’hospitalité. Puis, avec l’aide de ma collègue Cécilia Brassier qui est chercheuse en sciences de l’information et de la communication et chargée de mission d’accueil des étudiant·e·s en exil, nous avons organisé ce colloque qui est ouvert à tout type de public.

Le thème de l’hospitalité est très large, nous avons fait le choix de le limiter à Clermont-Ferrand pour étudier dans ses multiples aspects les actions de l'université en lien avec son territoire.
La proposition qui nous a été faite de le faire coïncider avec l’anniversaire des 82 ans de la Rafle n'a-t-elle pas du sens ? Nous allons également commémorer l'accueil des migrants sur le site de Gergovia en 2017 à cette occasion. 
 
« Accueil de la promo 2025 des étudiant·e·s au centre FLEURA »
« Accueil de la promo 2025 des étudiant·e·s au centre FLEURA »
Accueil de la promo 2025 des étudiant·e·s au centre FLEURA

Parler d’hospitalité arrive à point nommé dans un contexte politique tendu sur ce sujet, que ce soit nationalement ou à l’échelle internationale… 

Même si l’intention initiale du colloque n’était pas d’intervenir en réponse à cela, force est de constater que le contexte d’accueil des étranger·ère·s est compliqué partout. Les financements, les démarches administratives comme l’obtention de titres de séjours sont de plus en plus difficiles. Et cela se répercute sur l’accueil des étudiant·e·s étranger·ère·s à l’Université Clermont-Auvergne, même si la Présidence y est particulièrement favorable. Ce colloque invite les participant·e·s et le public à se questionner sur l’hospitalité à échelle très locale. Et si les universitaires apportent le bagage scientifique, nous tenons aussi à intégrer le personnel administratif de l’université qui œuvre chaque jour à la mise en place de cette politique d’accueil. D’autres acteur·rice·s comme la ville de Clermont-Ferrand ou des associations sont également convié·e·s. L’objectif est vraiment d’échanger autour des réalités de l’accueil à l’UCA et sur le territoire clermontois.

L’hospitalité au Moyen-Âge est l’un de vos sujets de prédilection. Qu’avez-vous étudié précisément ? 

Au début de mes recherches, j’ai constaté que des lieux comme les monastères, les auberges ou les hôpitaux étaient bien identifiés comme des endroits d’hospitalité au Moyen-Âge. Moi, j’ai été intéressée par l’accueil des étranger·ère·s à la maison. Je n’ai trouvé que peu d’indices dans les récits de voyages ou de pèlerinages. J’ai ainsi orienté mes recherches sur les saint·e·s de l’hospitalité comme sainte Marthe, la sœur de Marie-Madeleine [1],  disciple et hôtesse de Jésus Christ. Tandis que Marie Madeleine est contemplative, Marthe est la femme active, qui est aux fourneaux et s'inquiète des besoins de Jésus. L’hospitalité joue un rôle important dans la religion chrétienne car en accueillant un étranger, c'est Jésus que l'on reçoit. Et aujourd’hui, que l’on soit croyant·e ou non, nous sommes imprégré·e·s de la culture judéo-chrétienne et donc d’une certaine notion d’hospitalité dont on a hérité.
 
"Le Christ chez Marthe et Marie, Giovanni da Milano, Florence, basilique Santa-Croce, 1365"

Quels éclairages sur l’hospitalité dans nos sociétés actuelles apportent vos recherches historiques ?

Le Moyen-Âge a beaucoup à nous apprendre pour comprendre l'importance de l'institutionnalisation de l’hospitalité à notre époque où l’on délègue aux structures collectives les questions d’hospitalité. À partir du XIIe siècle, faire une donation, un leg testamentaire à un monastère ou un hôpital ouvrait les portes du Paradis … Cela a favorisé la mise en place d'une hospitalité dans des établissements spécifiques. Et qui dit institution, dit contrôle : on va commencer, au XIVe siècle, à créer des listes de « vrais » ou « faux pauvres » à aider. Par exemple, on excluait les vagabonds, considérés comme dangereux. Ainsi, l’hospitalité renvoyait à l’ordre social et l'État en formation a joué un rôle de plus en plus important. On observe aujourd'hui que dans bien des cas l'État peut être considéré inhospitalier en imposant des réglementations strictes sur l’accueil des étranger·ère·s et ce sont les associations qui doivent prendre le relai dans les situations d’urgence de terrain. Si j'étudie et j'enseigne le Moyen Âge, c'est avec l'idée que cette période pourrait nous offrir des solutions pour construire le monde de demain. Que cela soit dans une perspective religieuse ou laïque, il est essentiel de rappeler l'importance des valeurs d’amour du prochain, d’accueil inconditionnel et gratuit sans rien attendre en retour…

 

[1] Marie-Madeleine est la sainte la plus vénérée en Occident à partir du XIIe siècle comme la prostituée repentie et pardonnée pour ses péchés par Jésus. Elle est une véritable apôtre.

 

 
Partenaires :
Retrouvez ici le programme des 3 jours de colloque

Ce colloque réunit ainsi des enseignant·e·s, des chercheur·e·s, des agent·e·s des services universitaires, des acteur·e·s du territoire et des étudiant·e·s internationaux de l’UCA. Venus·e· d’horizons, de formations et de disciplines différentes, iels s’interrogeront sur les pratiques de l’accueil de l’autre et de l’étranger·e, sur l’assistance, l’insertion et l’intégration, sur l’altérité et l’identité.