Publié le 18 avril 2024 Mis à jour le 18 avril 2024
CESPAU UCA
CESPAU UCA
Vincent Moncorgé
Vincent Moncorgé

 

« La performance artistique offre un dispositif de construction et de diffusion de la connaissance. »


Stéphanie Urdician, Nathalie Vincent-Munnia et Catherine Milkovitch-Rioux sont enseignantes-chercheuses à l’Université Clermont Auvergne, respectivement en théâtre hispanique contemporain, poésie française et littérature francophone contemporaine. Fondatrices de l’Atelier Recherche Création (ARC) du Centre de recherches sur les littératures et la sociopoétique (CELIS), elles s’essaient à une science des arts, pour une poésie du savoir, où les pratiques artistiques sont partie prenante de la construction des connaissances.


Toutes trois ont eu, très jeunes, le goût des livres, des lettres, des arts et du spectacle vivant. Un goût découvert à l’école et fortifié jusqu’à leur doctorat. Parallèlement à leur fréquentation des œuvres, des auteurs et autrices, tant dans leurs travaux de recherche que dans leurs enseignements, elles ont très tôt ressenti la nécessité d’expérimenter et de partager autrement théâtre, poésie et littérature du temps présent. Toutes trois, sans savoir alors que ce geste les réunirait quelques décennies plus tard, ont poussé la porte du Service Université Culture où elles ont trouvé les personnes et les ressources à même d’engager une expérience aujourd’hui indissociable de leur pratique scientifique et pédagogique : la recherche-création, qui envisage les pratiques artistiques comme modalités du savoir et élabore la connaissance par l’expérimentation artistique, dans une recherche créative et collaborative.

Le terrain d’expérimentations de Stéphanie Urdician, le laboratoire théâtral universitaire qu’elle co-dirige avec des artistes, « fonctionne comme une interface entre recherche, pédagogie et création, où la performance artistique offre un dispositif de construction et de diffusion de la connaissance », explique-t-elle. Par ailleurs, le programme MAAC (Matrimoine afro-américano-caribéen), dont Stéphanie Urdician est l’une des responsables scientifiques, contribue à la constitution et à l’analyse de ce matrimoine culturel et des modalités de sa transmission dans la création contemporaine (littérature, arts et arts de la scène). Une équipe pluridisciplinaire et internationale associant universitaires et artistes recense et expérimente les legs culturels féminins par le biais d’entretiens avec des artistes, d’improvisations dansées, ou encore d’expositions de photographies en réalité augmentée et virtuelle.

Nathalie Vincent Munnia et Catherine Milkovitch Rioux, quant à elles, interrogent les relations entre littérature et histoire du temps présent dans la perspective sociopoétique qui constitue l’identité du laboratoire CELIS. Dans le programme de recherche Réfugier Enfance Violence Exil (R-EVE), elles cernent, en sciences humaines et sociales, en littérature, au cinéma et au théâtre, les manières dont se crée, se traduit et se pense l’expérience juvénile de la guerre et de l’exil, « à hauteur d’enfant ». Avec la publication du coffret Réfugier [Carnets d’un campement urbain], adossée à des expositions et une programmation à la fois artistique et scientifique, elles œuvrent collectivement à une production où textes littéraires, dessins, photographies, installations et performances se saisissent de la question de l’exil et du refuge, au même titre que les approches théoriques.

Pour toutes trois, la recherche-création, recherche « dans » et « avec » l’art, se donne des objets et des méthodes d’études qui interrogent les interactions et les représentations sociales. Par cette intelligence sensible du réel, puisant dans les ressources de l’expérimentation artistique et collective, toutes trois s’attachent à une élaboration partagée de nouvelles connaissances sur l’humain et à leur transmission. Espérant ainsi ouvrir la porte à de nouveaux publics.